dimanche 7 juin 2009

Les vins grecs

LE PÉLOPONNÈSE

Relié à l’Attique par l’isthme de Corinthe que coupe depuis la fin du XIXe le canal du même nom, le Péloponnèse occupe une place prédondérante dans l’économie vinicole grecque avec ses 60 000 hectares de vignes, les cépages à vins cotoyant les cépages à raisins secs, que vous connaissez tous : Soultanina (Sultanie) au nord et surtout Corinthiaki (Corinthe ) au nord-ouest et au sud-ouest. Péninsule montagneuse dont le point le plus haut (massif de Taygete) culmine à 2407 mètres, le Péloponnèse présente des bassins intérieurs d’effondrement (Arcadie) et des plaines littorales (Corinthie, Achaie, Argolide…). Les sols sont très accidentés et les reliefs très accusés, depuis le niveau de la mer jusqu’aux montagnes qui le traversent du nord-ouest au sud-est, en les séparant en deux zones climatiques distinctes : la partie ouest étant pluvieuse et la partie est beaucoup plus sèche.

En dehors des vins destinés à la distillerie, les appellations d’origine se répartissent en d’excellents vins de liqueur (Mavrodaphne de Patras, Muscat de Patras et Muscat Rion de Patras), et en vins blancs et rouges (Néméa, Mantinia et Patras).

Néméa
Réputée pour avoir été le théâtre du premier travail d’Hercule, qui étouffa le féroce Lion de Nemée et endossa sa dépouille, Nemée, au sud de Corinthe, l’est également pour ses vins rouges secs et corsés, d’une couleur rouge profonde, épicés et puissants, que je préfère un peu rafraîchis.

Ce “sang d’Hercule” mérite bien son nom, très marqué par son cépage Agiorgitiko (le cépage de Saint-Georges), planté sur un vignoble qui s’étend de 250 à 800 mètres d’altitude dans une vallée et sur des coteaux paisibles limités à l’ouest par le mont Kilini.

Mantinia
A une altitude comprise entre 600 et 800 mètres, le vignoble de Mantinia entoure les ruines de l’ancienne Mantinée. Issu du cépage Moschofilero, le Mantinia est un vin blanc sec, fruité, assez bien équilibré, mais assez neutre en bouche, et constitue surtout un vin de base pour vins mousseux.

Patras
Si l’appellation Patras correspond à des vins blancs légers et frais (maison Tsantalis), produits sur les vignobles de coteaux, et obtenus à partir d’un cépage très légèrement rosé nommé Rhoditis, c’est surtout vers les vins de liqueur que je vous incite à jeter votre dévolu.

Le meilleur à mon sens est incontestablement le Mavrodaphne de Patras, issu du Mavrodaphne, vieux cépage rouge qui lui confère un bouquet très original. Le vin est liquoreux, très doux, velouté et corsé à la dois, très parfumé, qui demande à vieillir en barriques pour atteindre sa plénitude.

A ses côtés, élaborés à partir du Muscat blanc, le Muscat de Patras et le Muscat Rion de Patras présentent une belle couleur topaze, à l’arôme très caractéristisque de leur cépage commun.

LES ÎLES IONIENNES

Etirées en chapelet le long de la côte occidentale de la Grèce, dans la mer du même nom, les îles Ioniennes comportent sept îles principales (Corfou, Paxi, Leucade, Céphalonie, Ithaque, Zante et, à la pointe du Péloponnèse, Cythère). Ici, le climat est d’une douceur exceptionnelle (allez à Corfou en Mai et en Septembre), et la vigne est surtout présente à Corfou (Kerkyra), Zante, (Zakynthos), Leucade (Lefras) et Céphalonie (Kefalonia). Le vin le plus renommé est le Verdea, qui fait la fierté du vignoble de Zante,très intense au nez comme en bouche, avec son goût de rancio caractéristique, qu’il ne faut pas confondre avec un goût oxydé.

Intense, très coloré, envisagez de faire une sieste après avoir dégusté le Santa-Mavra (mavra veut dire noire), un rouge très puissant provenant du vignoble de Leucade, planté du cépage Vertzami, cultivé en terrasses dont les murettes grimpent jusqu’à une altitude de 800 m. Un bon exemple de la structure et de la typicité des rouges secs grecs, très fruités et corsés, légèrement épicés, à savourer sur une cuisine riche.

L’île de Céphalonie, c’est le royaume des Muscat de céphalonie et Mavrodaphne de Céphalonie, deux vins de liqueur à appellation d’origine, issus des mêmes cépages (Muscat blanc et Mavrodaphne).

L’autre spécialité des îles est le Robola de Céphalonie, un vin issu du Robola (ou Rombola), un blanc fin, fruité, de bonne bouche.

LA GRÈCE CENTRALE ET L’ÎLE D’EUBÉE

La Grèce centrale étend un vignoble de près de 30 000 hectares, et peut être divisée en trois secteurs distincts : l’Attique, la région d’Athènes, cœur de la Grèce, présentant des paysages de petits massifs et de plaines agricoles, et l’île d’Eubée.

Folklore oblige, je vous conseille d’être à Athènes au moment des vendanges: la capitale hellénique est en effet traversée par des camions chargés de barils remplis de moûts en provenance des vignobles d’Attique, de Béotie et de l’île d’Eubée, destinés aux tavernes des vieux quartiers d’Athènes et du Pirée, qui ont coutume d’élaborer leur propre Retsina vendu au pichet, le vin le plus estimé des Grecs, auquel j’ai mis du temps à m’habituer, je l’avoue, mais qui peut devenir surprenant sur une simple friture ou des plats beaucoup plus épicés.

Avec l’Ouzo que l’on déguste avec un peu d’eau, la curiosité grecque, c’est le Retsina, ce vin unique et très populaire, au goût caractéristique de “résine”, que les Grecs consomment en quantité non négligeable dans les tavernes, sous une tonnelle (il vaut mieux être à l’ombre en effet pour s’y familiariser). Surtout blanc, issu des cépages Savatiano et Rhoditis, le vin est élaboré exactement comme les vins secs. C’est l’addition de morceaux de résine de pin aux moûts avant ou pendant la fermentation (pour éviter auparavant la tendance naturelle à l’oxydation), retirés ensuite avec la lie lors du soutirage, qui confère au vin toute son originalité, et cette amertume unique.

L’Attique présente aussi une gamme importante de vins blancs issus du cépage Savatiano, assez agréables, que la maison Cambas élève généralement très bien, comme son Domaine de Kantza.

LA THESSALIE

Riche bassin agricole drainé par le fleuve Pinios et entouré de hauts sommets dont le mont Olympe (2 917 m) au nord, la Thessalie bénéficie d’un climat humide et froid en hiver, brûlant en été. Son vignoble (8 500 hectares et 300 000 hectolitres) est divisé en quatre zones: les zones à appellation d’origine Nea Anchialos et Rapsani; la zone de Karditsa, où l’on produit un rouge et un blanc à base de cépages indigènes (le Noir de Messenikola et Batiki, cépage blanc), et la zone de Tyrnavos pour les raisins de table (Muscat de Hambourg). La plupart des vins sont issus des coopératives.

Nea Anchialos
Située non loin de Volos, antique Iolkos (d’où partirent Jason et les Argonautes à la conquête de la Toison d’or), la zone de Nea Anchialos s’étend sur quelque 600 hectares. Issus des cépages Savatiano et Rhoditis, les vins sont blancs, relativement vigoureux, et il faut les boire très frais, dans leur prime jeunesse, pour profiter de leur saveur fruitée.

Rapsani
Un bon vin rouge classique, provenant des cépages Xinomavro, Krassoto et Stavroto, qui se complètent harmonieusement pour donner ce vin vif et coulant, assez parfumé.

LA MACÉDOINE ET LA THRACE

Région fertile au climat continental, la Macédoine s’oppose au reste de la Grèce par une pluviométrie élevée et une végétation beaucoup plus intense. Les zones montagneuses côtoient en effet la plaine alluviale de l’Axios.

Côtes de Meliton
Sur les coteaux nord de la montagne qui domine Porto Carras, station balnéaire de la presqu’île de Sithonia, un charmant petit village marin, a été implanté un énorme vignoble. Les vins blancs frais et fruités produits sur ce domaine Carras, issus des cépages indigènes Athiri, Assyrtico et Rhoditis, et les vins rouges charnus et capiteux issus d’un heureux mariage entre le cépage grec Limnio et les cépages Cabernet-Sauvignon et Cabernet Franc, bénéficiant de l’appellation d’origine Côtes de Meliton.

Naoussa, Goumenissa, Amynteon et Agioritikos
Le vignoble de Naoussa est situé sur les pentes sud-est du massif du Vermio, sur des coteaux ensoleillés et abrités des vents froids, où mûrit le Xinomavro, certainement le plus noble cépage rouge grec. Il produit en tout cas l’excellent Naoussa, un beau rouge puissant, riche en couleur comme en arômes, et qui demande à vieillir pour s’arrondir (buvez-le toujours un peu frais). Ce même cépage se marie avec le Negosca dans les vignobles de Goumenissa, au nord de Salonique, et dans ceux d’Amynteon, un peu plus à l’ouest.

Près du mont Athos, la maison Tsantalis élève des vins puissants (Agioritikos), issus des cépages Assyrtiko, Athiri et Roditis, provenant du vignoble du monastère de Saint-Panteleimon. Des vins qui demandent à être appréciés comme ils le méritent.

L’ÉPIRE

De la Thessalie à la mer Ionienne, à l’ouest de la Grèce, les montagnes de l’Épire, dominées par la chaine du Pinde (2 637 mètres), creusées de vallées et de plateaux, présentent un climat rude où sont plantés quelque 1 000 hectares. Deux appellations à retenir.

Zitsa
Elle est produite sur les vignobles de six communes situées à une altitude de 600 mètres, sur de petites collines au sol aride, au nord-ouest de Ioanina. Issu du cépage Debina, on y goûte un bon vin blanc très frais, sec ou demi-sec, en tout cas bouqueté, associant vivacité et rondeur en bouche, généralement très agréable.

Metsovo
Le plus montagneux des vignobles grecs, situé sur les pentes sud-est du massif du Pinde, est planté de cabernet-Sauvignon, que l’on a du mal à “rapprocher” du cépage bordelais, tant il en diffère. Est-ce le clone ou le terroir, ce vin rouge est corsé, très parfumé, et ma foi assez réussi.

LES CYCLADES

Ainsi nommées par les Anciens parce qu’elles formaient une sorte d’auréole (“Kyklos”) autour de l’île sacrée de Délos, les Cyclades sont au nombre de 39 (dont 24 habitées), et bénéficient d’un climat tempéré avec un soleil généreux, très favorable à la vigne.

Paros
Connue depuis l’Antiquité pour la qualité de son marbre blanc, l’île de Paros est aussi une bonne occasion de goûter un bon vin blanc, assec sec, au nez complexe, de bonne bouche, généralement bien fait, issu du cépage Monemvassia. Le puissant vent du nord de la mer Egée, le Meltem, y conditionne la culture en vigne basse (en gobelet).

Santorin
L’île est splendide, magique. L’ancienne Kallisté (“la très belle”) devenue Théra en l’honneur d’un chef des Spartiates, puis Santorini, du nom de Sainte Irène, patronne de l’île Cycladique, est sûrement en effet l’une des plus envoûtantes îles de toute la Méditerranée. Pas vraiment belle d’ailleurs, puisque l’île est assez austère, mais plutôt spectaculaire. La capitale, Thira, surmonte une formidable falaise haute de 300 m qui plonge à pic dans la mer. Pour y monter, vous avez le choix : le petit funiculaire ou vos jambes; pour redescendre et regagner votre bateau, préférez l’âne.

La vigne jaillit de ce sol avare dans des conditions microclimatiques uniques. Parvenus à maturation, les raisins sont soumis à une grande chaleur diurne, alors que la nuit, une humidité dense recouvre les vignobles, absorbée par le sol. Les vents empêchent l’accumulation d’une trop grande humidité sur les baies, ce qui favorise une maturation complète des raisins et des vins blancs d’une grande richesse en alcool. La vitesse du vent étant très élevée, on donne fréquemment aux ceps la forme d’un panier constitué de sarments et de feuilles, afin de protéger les raisins. Il faut goûter comme je l’ai fait, à l’ombre, dans les jolis bistrots aux murs blanchis, en admirant les îles voisines et les gros paquebots de croisières qui viennent déverser leurs flots de touristes, ce vin blanc d’appellation Santorin, très corsé, avec ce rien d’amertume en bouche, en réalité assez typique des bons vins grecs.

LE DODÉCANÈSE

Rhodes est une île où le touriste se sent particulièrement à l’aise. Depuis l’Antiquité, “l’île des Roses” a produit et exporté des vins en amphores sur lesquelles les potiers apposaient leur nom ainsi qu’une grappe de raisin en guise de marque d’origine. Deux appellations : Rhodes et Muscat de Rhodes, ce dernier étant l’un des plus beaux vins de liqueur qui soient, intense, riche, doux et doré, issu d’un assemblage de cépages muscats (Muscat blanc et Muscat de Trani) cultivés dans une toute petite région délimitée, au sud de l’île. Deux zones de production : l’une, plane, constituée de sols sablonneux, est exposée aux vents chauds venant du sud; l’autre, sur le flanc nord des montagnes, sur des collines calcaires ou schisteuses, est rafraîchie par le vent du nord, le fameux Meltem. Je préfère les blancs, assez secs, frais et bouquetés (cépage Athiri). Les rouges sont ronds et fruités (cépage Amorgiano).

SAMOS ET LES ÎLES DE LA MER ÉGÉE

Séparée de la côte de l’Asie mineure par un détroit de 1,5 km, Samos, c’est cette île montagneuse et verdoyante qui doit son nom au mot phénicien Sama signifiant “altitude”, et d’où provient surtout l’illustre Muscat de Samos, issu du cépage Samien que le grammairien Hésychios répertoriait déjà au Ve siècle. La viticulture a marqué l’économie de Samos tout au long de son histoire et le vin de Samos a toujours fait l’objet d’un commerce important. En l’an 1700, la production de muscat était estimée à quelque 3 000 barils, destinés aux marchés d’Orient et d’Occident, notamment la France, l’Angleterre, la Hollande, l’Allemagne… Sous licence française à partir de 1890, les vins de Samos acquirent une renommée internationale.

Le Samos et le Nectar de Samos font partie des plus grands vins doux du monde, très riches, parfumés et moelleux, à la fois d’une grande fraîcheur aromatique, qui n’est pas sans rappeler la fleur d’oranger, et d’une intensité en bouche exceptionnelle. Du grand art, issu d’un vignoble principalement situé sur le littoral nord de l’île. Les villages situés sur le versant nord du mont Arbelos jusqu’à la côte nord de l’île (Ambelos, Manolatès, Stravrinidès…) sont considérés comme les meilleurs terroirs. Le vignoble mérite d’ailleurs une visite: ici, sur des coteaux étagés depuis le niveau de la mer jusqu’à 800 mètres d’altitude, murets et terrasses superposés, ne supportant souvent qu’une ou deux rangées de vignes, sont entretenus depuis des générations par les viticulteurs. Les vendanges, qui commencent durant la deuxième quinzaine d’août au niveau de la mer, se poursuivent jusqu’à la fin octobre dans les régions les plus montagneuses. La plupart des bonnes maisons grecques proposent d’excellents Muscats de Samos. La vigne est également cultivée à Lemnos (goûtez le très bon Muscat de Lemnos) et à Lesbos.

LA CRÈTE

J’ai passé des séjours exceptionnels ici (essayez le superbe hôtel Elounda Mare), tant pour la beauté des paysages de montagnes que de la mer, omniprésente. Petits ports paisibles, restaurants rafraîchis par des tonnelles de vignes qui protègent de la canicule, vignes, oliviers, citronniers… tout présuppose la douceur de vivre qui se dégage de la Crète. Le pays est certainement à l’origine de ma passion pour les voyages, de cette parenthèse hors du commun que savent procurer de tels lieux, où l’histoire antique s’associe aux légendes, et c’est la raison pour laquelle j’ai retenu une photo de mon périple crétois pour figurer en page de quatrième de couverture de ce guide. La Crète est la cinquième île de la Méditerranée, l’île des Dieux selon Homère, le berceau de la civilisation minoenne. C’est là que, selon le poète, Zeus serait né, aurait aimé la princesse phénicienne Europe, et aurait eu trois fils, dont Minos, qui devait donner naissance à une dynastie qui allait marquer l’histoire du pays. Pour l’anecdote, goûtez les bons vins blancs de Minos des frères Miliarkis.

D’une superficie de 8 305 km2, la Crète s’allonge d’ouest en est sur 260 km environ, sa largeur variant de 12 à 60 km. Elle est dominée par des reliefs importants (de 1 360 à 2 450 mètres), entre le sud de l’île qui donne sur l’Afrique et le nord qui s’ouvre vers la mer Egée. C’est dans cette partie de l’île, protégée des vents chauds d’Afrique par cet écran montagneux, que s’est développé ce vignoble dont l’origine se perd dans l’Antiquité. Dès cette époque, les anciennes villes de Cnossos, Gortyne et Phaistos avaient développé un important commerce des vins.

Le climat est tempéré par le voisinage de la mer et les vents frais qui viennent de l’Egée sur les côtes; froid et neigeux en hiver à l’intérieur des terres; relativement frais au printemps, et très chaud et sec en été.

Ce vignoble d’une cinquantaine de milliers d’hectares (y compris les vignes à raisins de table) produit aussi des raisins secs (Soultanina) et le fameux raisin de table Rasaki. J’apprécie tout particulièrement ces vins rouges puissants, issus de vieux cépages tels que le Roméikon, le Liatiko de Lasithi, qui vont à merveille sur des aubergines ou des plats de légumes farcis, et qu’il est bon de savoir apprécier un peu frais, comme on sait le faire au pays. Les cépages blancs (Vilana, Athiri, Ladiniko…) permettent l’élaboration de vins assez fruités, vigoureux certes mais plus neutres.

L’île englobe en tout cas quatre vignobles à appellation d’origine : Archanès, Peza, Dafnès et Sitia, et un Vin de Pays de Crète. Dans les régions de La Cannée et de Rethymno, on produit également des vins issus respectivement des cépages Roméikon et Tsardana.

Archanès et Peza
Les deux vins à appellation d’Archanès et de Peza sont élaborés dans deux zones délimitées au sud d’Héraklion, dans cette très belle région de vallées et de coteaux. C’est à quelques kilomètres de là que se trouvent les ruines du palais de Knossos, qui aurait été le palais du roi Minos, où était édifié le fameux labyrinthe dans lequel Thésée combattit le Minotaure (souvenez-vous du fil d’Ariane). Les vins rouges de ces deux appellations proviennent des cépages Kotsifali, qui apporte toute sa saveur, et Mandilari, cépage familier des îles de la mer Egée, très coloré. A Peza est également élaboré un vin blanc (cépage Vilana).

Sitia et Dafnès
Le vignoble de Sitia est situé à l’extrémité est de la Crète, à une altitude moyenne de 600 mètres. L’excellent cépage Liatiko permet de produire ces vins rouges colorés, robustes et francs dont je parlais auparavant. C’est ce même cépage que l’on cultive dans la zone viticole de Dafnès, région au relief accusé au sud-ouest d’Héraklion. A goûter : le vin de liqueur Dafnès que l’on peut rapprocher du Malvasia, ce nectar des dieux qui, selon la tradition, était conservé dans les jarres géantes du palais de Minos… De quoi rêver, non ?

vendredi 26 septembre 2008

Lamproie à la bordelaise et Roc de Calon

Pour 4 personnes :

1 lamproie,
15 poireaux,
12 oignons,
2 gousses d’ail,
15 cl d’huile,
20 g de beurre,
250 g de jambon cru,
20 g de farine,
1 bouteille de bon Bordeaux rouge,
10 cl de bouillon de bœuf,
3 clous de girofle,
1 bouquet garni.


Recueillez le sang de la lamproie vivante : pendez-la par la tête et coupez et l’extrémité de la queue pour récupérer le sang dans un récipient placé en dessous. Faites bouillir de l’eau et plongez-y la lamproie 3 minutes.

Raclez avec un couteau le limon sur tous les côtés. Essuyez-la bien avec un torchon et coupez-le en gros morceaux. Enlevez le cordon médian au goût amer. Versez le sang dans une jatte et déposez-y les morceaux.

Dans une sauteuse, faites réduire les poireaux avec le beurre et l’huile, ajoutez le jambon en dés et les oignons. Faites dorer. Ajoutez le vin et le bouillon, les clous de girofle, le bouquet garni, les gousses d’ail et la farine. Remuez bien. A ébullition, couvrez et laissez cuire une petite heure.

Versez un peu de sauce dans le sang, assaisonnez. Ajoutez ce mélange et laissez cuire 10 minutes encore. Frottez les tranches de pain grillé à l’ail et disposez la lamproie et les poireaux dessus. Faites réduire un peu de sauce avec le beurre et nappez-en les morceaux de lamproie.

Proposée par Sylvie Laydis, Château Roc de Calon.
www.rocdecalon.com


Millesimes

mercredi 10 septembre 2008

L’Encyclopédie mondiale des vins gratuite en pdf

En tant qu'éditeur, la grande nouveauté, c'est de développer notre impact éditorial sur plusieurs fronts. Le premier, c'est de mettre mon Encyclopédie des Vins et Vignobles du monde entier en accès direct et gratuit : vous cliquez et vous pouvez consulter mon livre ou le télécharger sur votre ordinateur ou votre ebook en version pdf.

Toujours précurseur, j'offre donc un contenu rédactionnel exceptionnel à la disposition des internautes. C'est nouveau, unique et cela va recentrer le débat sur l'outil exceptionnel qu'est devenu le web pour accèder au plus grand nombre.


Millesimes

mardi 26 août 2008

Guide 2009 : les nouveaux producteurs sélectionnés cette année

En-dehors des grandes valeurs sûres et des vignerons qui me tiennent à cœur, dont certains sont sélectionnés depuis le 1er Guide, il y a beaucoup d'éliminés cette année... et un bon nombre de nouveaux qui font leur entrée :

ALSACE
Domaine Gérard Sohler

BEAUJOLAIS
Domaine de Bacarra
Boulet Père et Fils
Domaine de La Bouronière
Caroline et Jacques Charmetant
Earl Dufour Père et Fils
Domaine Duthel
Château des Jean-Loron
Domaine Didier Poitevin
Domaine de la Plaigne
David Ratignier

BORDEAUX
Château l'Argilus du Roi
Château Bayard
Château Beychevelle
Château de Cazenove
Château Civrac
Clos Croix de Mirande
Château La Croix de Mouchet
Château La Croix de Nault
Château de La Dauphine
Château Dutruch Grand Poujeaux
Château Farguet
Château Filliol
Château Fonréaud
Château Haut Brisey
Château Haut-Goujon
Château Lacouture
Château Laffitte-Carcasset
Château Lajarre
Château Lamothe-Cissac
Château Lamothe Vincent
Château Les Marceaux
Compagnie Médocaine des Grands Crus
Château Moulin d'Ulysse
Château Pichon-Longueville
Château Prieuré Marquet
Château Puy-Castéra
Château Le Souley-Sainte-Croix
Château Tour Castillon
Château Les Tours Seguy
Château Villars

BOURGOGNE
Domaine Duroché
Louis Père et Fils
Domaine Millet
Roger Péguet
Les Temps Perdus

CHAMPAGNE
Henri Abelé
Ayala Diffusion
Boizel
Julien Chopin
Veuve Clicquot Ponsardin
De Meric
Hénin-Delouvin
Jeaunaux-Robin
Jean-François Launay
Legouge-Copin
Pierre Paillard
J.L Vergnon

JURA
Domaine Céline et Rémi Treuvey

LANGUEDOC
Château Auzias
Mas des Cabres
Clos Bagatelle
Les Domaines Paul Mas

PAYS NIVERNAIS-BERRY-CENTRE
Vincent Grall
Éric Louis

PÉRIGORD
Château Le Chrisly
Grande Maison
Château La Maurigne

PROVENCE
Les Domaines de Provence
Domaine de Jacourette
Château Lafoux
Domaine de Lansac
Domaine de Triennes

SAVOIE
Maison Mollex

SUD-OUEST
Château Boujac
Domaine Genouillac
Château Lafitte
Domaine de Ménard
Vignoble Le Payssel
Château La Reyne
Les Vignobles d'Adélaïde

TOURAINE
Domaine des Géléries
Domaine des Maisons Rouges
Château de Vaugaudry

VALLÉE DU RHÔNE
Éric Barnel
Cave des Vignerons Réunis
Domaine Maby
Domaine Grand-Père Jules

lundi 25 août 2008

Portugal : la région du Vinho Verde

En dehors du Madère et du Porto, et beaucoup moins connue, l’autre grande caractéristique du pays, c’est que le Portugal produit, dans la région comprise entre le Minho et le Douro, au nord du pays (voir carte), environ 3 millions d’hectolitres de Vinhos Verdes (vins verts). Des vins en réalité extrêmement typés, et je ne vois pas avec quels autres types de vins on pourrait les comparer réellement (et sérieusement). On ne connaît pas la raison pour laquelle ce nom leur est donné depuis des siècles. Certains disent que ce nom est lié au cadre géographique dans lequel il est produit, car le paysage de cette région est toujours verdoyant et frais, avec un climat pluvieux en hiver, et des températures assez douces en été. Son relief est assez accidenté, avec un sol presque totalement granitique. D’autres disent (peut-être avec plus de raison) que ce nom provient simplement de sa fraîcheur. Le Vinho Verde est donc un vin jeune, à boire jeune.

Il s’agit de vins de table, rouges ou blancs, connus depuis l’époque romaine, pauvres en alcool (entre 8 et 11°), mais riches d’acidité fixe. Ils ne se conservent guère et doivent être consommés frais. Une chose est sûre : la raison de cette appellation n’est pas uniquement due à l’insuffisance de maturation du raisin. Les grappes ne sont cueillies que lorsqu’elles sont mûres (selon les conditions climatiques, les vendanges peuvent durer jusqu’à mi-novembre). En conséquence, des divers facteurs déjà cités (notamment la fraîcheur constante de la région ainsi que l’ombre fournie par l’abondant feuillage), on obtient un moût très riche en acides qui détermine les principales caractéristiques du “Vinho Verde”. La grande quantité d’acide malique qui reste encore provoquera plus tard une deuxième fermentation (malolactique). A la suite de celle-ci, il résultera (par dégagement d’anhydride carbonique) une légère et très agréable effervescence dans le vin, connue populairement sous les noms de “agulha” ou “pico”. La présence de ce gaz carbonique est généralement plus élevée dans les vins rouges (plus acides) que dans les vins blancs où celle-ci se remarque juste par l’existence d’un léger pétillement.

Les bons rouges que j’ai dégustés, de couleur intense, étaient très agréables, très frais en bouche, bien équilibrés, comme les blancs, qui sont vraiment remarquables avec les sardines fraîches que l’on mange au pays.

Plus au nord, goûtez les réputés vins blancs de l’Alvarinho, issus du même cépage, à la fois secs, gras et onctueux, finement parfumés.

Non loin, pour les amateurs, on trouve les vins rosés demi-doux, pas mal faits au demeurant, élaborés dans la région de Tras-os-Montes, juste au-dessus du Haut-Douro, et plus au sud, entre le Vinho Verde et le Dao, quelques rares vins blancs vifs et corrects de la région de Beira.

Millesimes

samedi 8 mars 2008

Les vins du nord-ouest de L'Italie



Le Val d’Aoste

Une seule appellation, le Val d’Aoste (DOC), qui comprend une douzaine de sous-appellations permettant de mieux distinguer les types de vins. Les vignobles du Val d’Aoste, disposés en terrasses, accrochés aux pentes raides des montagnes qui peuvent avoir une inclinaison jusqu’à 80%, sont les plus hauts d’Europe. Climat de montagne rigoureux. Sur tous les vins disponibles, uniquement de rares bons souvenirs de la DOC Donnaz et du VT Malvoisie de Nuz, voire du Blanc de Morgex, plus irrégulier, à l’acidité élevée, à boire sur place avec la friture des lacs.

Donnaz
Issu de l’excellent Nebbiolo, qui semble s’adapter tout particulièrement bien sous ce climat, un très bon rouge, de couleur profonde, souple et bouqueté, assez ferme en bouche.

Malvoisie de Nus
Un vin de dessert tout en arômes, suave et liquoreux en bouche, très alcoolisé, assez réussi, et difficile à se procurer tant sa production est confidentielle.


Le Piémont

Le Piémont est un pays de contrastes, un contraste que l’on retrouve dans les vins, avec leurs deux extrêmes les plus célèbres : le Barolo, massif, concentré, noir et tannique, de grande évolution, et l’Asti, léger, perlant et fruité. Quand on aime les vins typés, on est servi, les collines du Piémont offrant un tel assortiment de raisins locaux que les cépages internationaux qui y ont été plantés sont plus que rares, et c’est une bonne chose.

Pour la production de vins blancs, l’Asti Spumante domine très nettement, issu du Moscato qui lui confère sa saveur caractéristique. Auprès du Muscat, les cépages Cortese, Erbaluce et Arneis, et les éternels Riesling, Chardonnay ou Sylvaner… L’Asti est bien entendu le plus grand vin effervescent d’Italie. Il est produit en cuve close, à partir de raisins récoltés dans 52 communes des provinces d’Asti, Coni et Alexandrie. Les meilleurs Asti sont caractérisés par cette douceur succulente et des arômes de pêche. C’est aussi un remarquable vin de dessert, auquel les Italiens restent très attachés, alors que nous perdons pratiquement l’habitude de ce type de vins en France, et que c’est bien dommage. Goûtez aussi le Moscato Naturale d’Asti, proche de l’Asti spumante, frizzante lui aussi, gras et doux en bouche, au nez délicat.

Les vins blancs de Gavi, légèrement frizzantini, se boivent jeunes, sont tendres (parfois carrément plats), mais dégagent souvent une agréable sensation de rondeur en bouche.

Pour les rouges, véritablement chez eux ici, le Piémont est dominé par trois cépages : le Nebbiolo, le meilleur, qui doit son nom au brouillard (la nebbia) qui règne en automne dans cette région, le Barbera, le plus répandu, et le Dolcetto. Le Nebbiolo donne le Barolo et le Barbaresco ; le Barbera les vins d’Alba et le Dolcetto la DOC du même nom. Je n’oublie pas les DOC rouges de Grigolino d’Asti (bien fruité) ou de Ghemme (plus corsé), d’excellents VT qui pourraient surprendre dans une dégustation “à l’aveugle” comme ceux de Bricco Manzoni ou de Caramino, et des vins d’assemblages, dont certains sont très réussis, issus des Bonarda, Croatina, Grignolino ou Vespolina. Du nord au sud du Piémont, voici donc les grands vins rouges que vous allez apprécier.

- Gattinara
Ce petit vignoble borde le Sésia, à l’est de Biella, dans le nord du Piémont. Les collines morainiques de Gattinara, dont le climat est plus tempéré que celui de la plaine, ont été formées il y a plus de 150 millions d’années, lors de l’imposante glaciation des Alpes. La terre rougeâtre, graveleuse donne beaucoup de finesse aux fruits et permet une maturation précoce. Le symbole de Gattinara est depuis l’an 1000 la tour en pierre appelée “la Castelle”, construite sur les collines par le roi Arduino.

Le cépage principal de l’appellation est l’excellent Nebbiolo (ou Spanna), auquel s’ajoutent le Bonarda ou le Vespolina (10% maximum). De couleur intense, avec des notes de violette et d’épices, les meilleurs sont gras, bien tanniques, de belle garde.

- Barbera d’Alba
Le Barbera est l’un des plus grands cépages italiens, à mon avis bien trop méconnu. Les vins sont puissants, colorés, riches et savoureux en bouche, d’excellente évolution. Celui d’Alba est le meilleur des Barbera, à la fois gras et corsé, de bonne garde. Son aire d’appellation (avec celui d’Asti) est limitée à deux provinces de la région du Piémont et les meilleus crus proviennent des vignobles de collines, qui donnent son origine à ce vin ayant des caractéristiques d’unicité et de tipicité remarquables.

Le Barbera d’Asti est plus souple, de couleur rubis intense, parfois légèrement grenat, sont goût est sec et rond à la fois.

Enfin, la province d’Alessandria et une petite partie de la province d’Asti donnent le Barbera du Monferrato, un joli vin plus frais, franc, avec des arômes fruités, un vin plus tendre, à goûter sur des viandes blanches ou des fromages frais.

- Nebbiolo d’Alba
Ces vins sont des purs Nebbiolo, et proviennent d’une aire située entre celles du Barolo et du Barbaresco. Cela donne des vins qui sentent les fruits mûrs, amples et riches, onctueux et persistants en bouche, remarquables sur des pâtes à la crème.

- Barbaresco
Comme ceux de Barolo (voir plus loin), les vins sont issus du Nebbiolo, extrêmement typés, et très méconnus. Un grand Barbaresco Riserva est un vin complexe, très élégant quand il atteint sa plénitude, d’une grande persistance aromatique où dominent les épices et les sous-bois. Un vin de garde qu’il est ridicule de goûter avant huit à dix ans, certains dépassant allègrement les vingt ans pour parvenir à une pleine maturité. J’ai encore le souvenir de ce Barbaresco splendide de 68, dégusté cette année.

- Barolo
Ici, vous êtes au sommet des plus grands vins rouges italiens (avec ceux de Toscane), qui peuvent s’enorgueillir d’être des vins de grande race, intensément marqués et typés par leur cépage Nebbiolo local, et dans ce sens, totalement incomparables.

Géographiquement, l’appellation est située à l’extrémité sud du Piémont, dans la province de Cuneo. Cette zone comprend dans son ensemble (avec le Barbaresco). Les collines sont reines ici, sous un climat humide, relativement chaud et très ensoleillé. Morphologiquement, il y a donc principalement des collines de 350 mètres, de formation marneuse-argileuse et calcaire-marneuse. Des sols où le Nebbiolo s’exprime merveilleusement. Très corsé, fortement alcoolisé, très mûr, plus puissant que le Barbaresco, mais aussi plus gras, plus complet, plus harmonieux, le Barolo est un vin de grande évolution qui ne supporte pas la médiocrité et s’accorde avec des plats riches (voir encadré la grande gastronomie italienne).

- Dolcetto di Diano d’Alba
Il se partage, avec le Dolcetto di Ovada, la gloire d’être l’un des vins les plus séduisants qui soient, étonnament moelleux, finement parfumé, rond et ferme à la fois, de bonne évolution.


La Ligurie

Si Gênes n’a aucun intérêt, je fais au moins six à sept fois par an mon marché à San Remo (avec mon épouse), profitant le temps d’un week-end de son charme nostalgique, et je ne rechigne pas, comme tout bon Italien, à suivre les embouteillages le long de la côte pour aller déjeuner à Porto Fino, le Saint-Tropez italien, et croiser les derniers modèles de Ferrari rutilantes. La Ligurie est donc plus célèbre pour sa Riviera que pour ses vins, où l’atomisation de la production viticole est extrême (plus de cent espèces de cépages sont recensées). Tournée vers la mer, cette bande de terre étroite et sinueuse, croisement de vents marins, touche la France, le Piémont, la Toscane et l’Émilie-Romagne, et a toujours reçu, par le trafic maritime ancien, l’apport de cépages provenant de pays lointains. Il semble que les producteurs essaient désormais de se limiter à la culture des bons cépages Dolcetto, Vermentino, Pigato, Rossese ou Sangiovese, et c’est heureux.

Rossesse di Dolceaqua
Les vignobles se trouvent entre San Remo et Gênes. Dolceaqua est un joli rouge finement bouqueté auquel je suis fidèle depuis longtemps, gras et corsé à la fois, très fruité.

Cinque Terre
De l’autre côté de la région, vers La Spézia (allez dîner chez Angelo Paracucchi), Cinque Terre doit son nom à l’évocation de ses cinq villages de bord de mer au-dessus desquels s’étendent les vignobles en terrasse qui ressemblent à une sorte de pyramide aztèque. Les meilleurs vins sont blancs, bien secs, vifs, un rien austères, et se dégustent avec les poissons du golfe.


La Lombardie

Industrielle et puissante avec Milan, la Lombardie s’étend à l’est du Piémont, des plaines de la vallée du Pô jusqu’aux sommets enneigés des Alpes, ce qui n’est pas rien. Les vignobles lombards sont plantés jusqu’à 700 m d’altitude et dans la région des lacs, au climat doux.

La région devient plus humaine et vinicole dans trois secteurs bien délimités : de l’autre côté du fleuve Adda, près de la commune de Sondrio, vers la frontière suisse, c’est le territoire des DOC Valtellina et Valtellina Superiore. L’autre secteur se trouve dans sa partie voisine du Piémont (Oltre Po Pavèse), dans un secteur compris entre les communes d’Alexandrie, Pavie et Plaisance, à peu près à la même hauteur que les vignobles d’Asti . Ici, l’on trouve la majorité des vins blancs qui constituent la base des meilleurs mousseux comme le Lambrusco Mantovano, l’Oltrepo Pavese Pinot Spumante ou le Franciacorta. Enfin, le cépage Trebbiano fait le blanc de Lugana, sur le lac de Garde, non loin des vignobles de Franciacorta, pour les mousseux.

- Valtellina Superiore
La meilleure DOC regroupe quatre sous-appellations : Sassela, Valgella, Grumello et Inferno, et tous les vins sont rouges, issus du Nebbiolo. Il faut goûter ceux de la maison Rainoldi, régulièrement réussis (voir aussi index), pour se rendre compte du potentiel qualitatif réel de ces vins, qui associent charpente et distinction, des tannins fermes à ce gras caractéristique en bouche, d’excellente évolution. J’ai dégusté pour preuve deux vieux millésimes : un 68 vraiment surprenant, à maturité certes, mais d’une rare complexité aromatique, très savoureux, et un 78 de haut niveau, encore jeune, d’une grande persistance en bouche, très marqué par le Nebbiolo qui apporte toute sa puissance sauvage dans ce millésime. A noter que la simple DOC Valtellina ne présente pas d’intérêt, provenant d’assemblages divers.

- Oltrepo Pavese
Toute la gamme de vins, du mousseux au rosé, en passant par le rouge et les blancs secs ou demi-secs est produite dans cette DOC (20% de la production régionale, le reste destiné aux mousseux), située précisément dans un périmètre qui va de la commune de Broni au nord à celle de Ruino, au sud. On trouve de tout dans cette appellation, des étiquettes aux noms folkloriques, où la qualité n’est pas réellement le seul critère recherché. Les meilleurs rouges sont issus des cépages Barbera et Bonarda, assez complémentaires.


L’Émilie-Romagne

Ah, le Lambrusco de l’Émilie ! Franchement, n’est-ce pas agréable de déboucher ce vin rouge très rafraîchissant, très fruité, qui sent la cerise, légèrement pétillant (frizzante) sur une polenta ou une daube ? Bien sûr, le vin est sans prétention, simplement sympathique, et ce n’est déjà pas si mal.

L’Émilie-Romagne ne fait pas dans la dentelle : des vignobles, des vignobles et des vignobles, pratiquement tous en plaine, dont on tire abondamment des vins courants, que je n’ai pas voulu retenir. Dans un tout autre style, la région produit plusieurs crus intéressants, comme ce joli blanc Albana di Romagna, le rouge Sangiovese di Romagna.



Millesimes

lundi 25 février 2008

Les vins de Grèce

LE PÉLOPONNÈSE

Relié à l’Attique par l’isthme de Corinthe que coupe depuis la fin du XIXe le canal du même nom, le Péloponnèse occupe une place prédondérante dans l’économie vinicole grecque avec ses 60 000 hectares de vignes, les cépages à vins cotoyant les cépages à raisins secs, que vous connaissez tous : Soultanina (Sultanie) au nord et surtout Corinthiaki (Corinthe ) au nord-ouest et au sud-ouest. Péninsule montagneuse dont le point le plus haut (massif de Taygete) culmine à 2407 mètres, le Péloponnèse présente des bassins intérieurs d’effondrement (Arcadie) et des plaines littorales (Corinthie, Achaie, Argolide…). Les sols sont très accidentés et les reliefs très accusés, depuis le niveau de la mer jusqu’aux montagnes qui le traversent du nord-ouest au sud-est, en les séparant en deux zones climatiques distinctes : la partie ouest étant pluvieuse et la partie est beaucoup plus sèche.

En dehors des vins destinés à la distillerie, les appellations d’origine se répartissent en d’excellents vins de liqueur (Mavrodaphne de Patras, Muscat de Patras et Muscat Rion de Patras), et en vins blancs et rouges (Néméa, Mantinia et Patras).

Néméa
Réputée pour avoir été le théâtre du premier travail d’Hercule, qui étouffa le féroce Lion de Nemée et endossa sa dépouille, Nemée, au sud de Corinthe, l’est également pour ses vins rouges secs et corsés, d’une couleur rouge profonde, épicés et puissants, que je préfère un peu rafraîchis.

Ce “sang d’Hercule” mérite bien son nom, très marqué par son cépage Agiorgitiko (le cépage de Saint-Georges), planté sur un vignoble qui s’étend de 250 à 800 mètres d’altitude dans une vallée et sur des coteaux paisibles limités à l’ouest par le mont Kilini.

Mantinia
A une altitude comprise entre 600 et 800 mètres, le vignoble de Mantinia entoure les ruines de l’ancienne Mantinée. Issu du cépage Moschofilero, le Mantinia est un vin blanc sec, fruité, assez bien équilibré, mais assez neutre en bouche, et constitue surtout un vin de base pour vins mousseux.

Patras
Si l’appellation Patras correspond à des vins blancs légers et frais (maison Tsantalis), produits sur les vignobles de coteaux, et obtenus à partir d’un cépage très légèrement rosé nommé Rhoditis, c’est surtout vers les vins de liqueur que je vous incite à jeter votre dévolu.

Le meilleur à mon sens est incontestablement le Mavrodaphne de Patras, issu du Mavrodaphne, vieux cépage rouge qui lui confère un bouquet très original. Le vin est liquoreux, très doux, velouté et corsé à la dois, très parfumé, qui demande à vieillir en barriques pour atteindre sa plénitude.

A ses côtés, élaborés à partir du Muscat blanc, le Muscat de Patras et le Muscat Rion de Patras présentent une belle couleur topaze, à l’arôme très caractéristisque de leur cépage commun.

LES ÎLES IONIENNES

Etirées en chapelet le long de la côte occidentale de la Grèce, dans la mer du même nom, les îles Ioniennes comportent sept îles principales (Corfou, Paxi, Leucade, Céphalonie, Ithaque, Zante et, à la pointe du Péloponnèse, Cythère). Ici, le climat est d’une douceur exceptionnelle (allez à Corfou en Mai et en Septembre), et la vigne est surtout présente à Corfou (Kerkyra), Zante, (Zakynthos), Leucade (Lefras) et Céphalonie (Kefalonia). Le vin le plus renommé est le Verdea, qui fait la fierté du vignoble de Zante,très intense au nez comme en bouche, avec son goût de rancio caractéristique, qu’il ne faut pas confondre avec un goût oxydé.

Intense, très coloré, envisagez de faire une sieste après avoir dégusté le Santa-Mavra (mavra veut dire noire), un rouge très puissant provenant du vignoble de Leucade, planté du cépage Vertzami, cultivé en terrasses dont les murettes grimpent jusqu’à une altitude de 800 m. Un bon exemple de la structure et de la typicité des rouges secs grecs, très fruités et corsés, légèrement épicés, à savourer sur une cuisine riche.

L’île de Céphalonie, c’est le royaume des Muscat de céphalonie et Mavrodaphne de Céphalonie, deux vins de liqueur à appellation d’origine, issus des mêmes cépages (Muscat blanc et Mavrodaphne).

L’autre spécialité des îles est le Robola de Céphalonie, un vin issu du Robola (ou Rombola), un blanc fin, fruité, de bonne bouche.

LA GRÈCE CENTRALE ET L’ÎLE D’EUBÉE

La Grèce centrale étend un vignoble de près de 30 000 hectares, et peut être divisée en trois secteurs distincts : l’Attique, la région d’Athènes, cœur de la Grèce, présentant des paysages de petits massifs et de plaines agricoles, et l’île d’Eubée.

Folklore oblige, je vous conseille d’être à Athènes au moment des vendanges: la capitale hellénique est en effet traversée par des camions chargés de barils remplis de moûts en provenance des vignobles d’Attique, de Béotie et de l’île d’Eubée, destinés aux tavernes des vieux quartiers d’Athènes et du Pirée, qui ont coutume d’élaborer leur propre Retsina vendu au pichet, le vin le plus estimé des Grecs, auquel j’ai mis du temps à m’habituer, je l’avoue, mais qui peut devenir surprenant sur une simple friture ou des plats beaucoup plus épicés.

Avec l’Ouzo que l’on déguste avec un peu d’eau, la curiosité grecque, c’est le Retsina, ce vin unique et très populaire, au goût caractéristique de “résine”, que les Grecs consomment en quantité non négligeable dans les tavernes, sous une tonnelle (il vaut mieux être à l’ombre en effet pour s’y familiariser). Surtout blanc, issu des cépages Savatiano et Rhoditis, le vin est élaboré exactement comme les vins secs. C’est l’addition de morceaux de résine de pin aux moûts avant ou pendant la fermentation (pour éviter auparavant la tendance naturelle à l’oxydation), retirés ensuite avec la lie lors du soutirage, qui confère au vin toute son originalité, et cette amertume unique.

L’Attique présente aussi une gamme importante de vins blancs issus du cépage Savatiano, assez agréables, que la maison Cambas élève généralement très bien, comme son Domaine de Kantza.

LA THESSALIE

Riche bassin agricole drainé par le fleuve Pinios et entouré de hauts sommets dont le mont Olympe (2 917 m) au nord, la Thessalie bénéficie d’un climat humide et froid en hiver, brûlant en été. Son vignoble (8 500 hectares et 300 000 hectolitres) est divisé en quatre zones: les zones à appellation d’origine Nea Anchialos et Rapsani; la zone de Karditsa, où l’on produit un rouge et un blanc à base de cépages indigènes (le Noir de Messenikola et Batiki, cépage blanc), et la zone de Tyrnavos pour les raisins de table (Muscat de Hambourg). La plupart des vins sont issus des coopératives.

Nea Anchialos
Située non loin de Volos, antique Iolkos (d’où partirent Jason et les Argonautes à la conquête de la Toison d’or), la zone de Nea Anchialos s’étend sur quelque 600 hectares. Issus des cépages Savatiano et Rhoditis, les vins sont blancs, relativement vigoureux, et il faut les boire très frais, dans leur prime jeunesse, pour profiter de leur saveur fruitée.

Rapsani
Un bon vin rouge classique, provenant des cépages Xinomavro, Krassoto et Stavroto, qui se complètent harmonieusement pour donner ce vin vif et coulant, assez parfumé.

LA MACÉDOINE ET LA THRACE

Région fertile au climat continental, la Macédoine s’oppose au reste de la Grèce par une pluviométrie élevée et une végétation beaucoup plus intense. Les zones montagneuses côtoient en effet la plaine alluviale de l’Axios.

Côtes de Meliton
Sur les coteaux nord de la montagne qui domine Porto Carras, station balnéaire de la presqu’île de Sithonia, un charmant petit village marin, a été implanté un énorme vignoble. Les vins blancs frais et fruités produits sur ce domaine Carras, issus des cépages indigènes Athiri, Assyrtico et Rhoditis, et les vins rouges charnus et capiteux issus d’un heureux mariage entre le cépage grec Limnio et les cépages Cabernet-Sauvignon et Cabernet Franc, bénéficiant de l’appellation d’origine Côtes de Meliton.

Naoussa, Goumenissa, Amynteon et Agioritikos
Le vignoble de Naoussa est situé sur les pentes sud-est du massif du Vermio, sur des coteaux ensoleillés et abrités des vents froids, où mûrit le Xinomavro, certainement le plus noble cépage rouge grec. Il produit en tout cas l’excellent Naoussa, un beau rouge puissant, riche en couleur comme en arômes, et qui demande à vieillir pour s’arrondir (buvez-le toujours un peu frais). Ce même cépage se marie avec le Negosca dans les vignobles de Goumenissa, au nord de Salonique, et dans ceux d’Amynteon, un peu plus à l’ouest.

Près du mont Athos, la maison Tsantalis élève des vins puissants (Agioritikos), issus des cépages Assyrtiko, Athiri et Roditis, provenant du vignoble du monastère de Saint-Panteleimon. Des vins qui demandent à être appréciés comme ils le méritent.

L’ÉPIRE

De la Thessalie à la mer Ionienne, à l’ouest de la Grèce, les montagnes de l’Épire, dominées par la chaine du Pinde (2 637 mètres), creusées de vallées et de plateaux, présentent un climat rude où sont plantés quelque 1 000 hectares. Deux appellations à retenir.

Zitsa
Elle est produite sur les vignobles de six communes situées à une altitude de 600 mètres, sur de petites collines au sol aride, au nord-ouest de Ioanina. Issu du cépage Debina, on y goûte un bon vin blanc très frais, sec ou demi-sec, en tout cas bouqueté, associant vivacité et rondeur en bouche, généralement très agréable.

Metsovo
Le plus montagneux des vignobles grecs, situé sur les pentes sud-est du massif du Pinde, est planté de cabernet-Sauvignon, que l’on a du mal à “rapprocher” du cépage bordelais, tant il en diffère. Est-ce le clone ou le terroir, ce vin rouge est corsé, très parfumé, et ma foi assez réussi.

LES CYCLADES

Ainsi nommées par les Anciens parce qu’elles formaient une sorte d’auréole (“Kyklos”) autour de l’île sacrée de Délos, les Cyclades sont au nombre de 39 (dont 24 habitées), et bénéficient d’un climat tempéré avec un soleil généreux, très favorable à la vigne.

Paros
Connue depuis l’Antiquité pour la qualité de son marbre blanc, l’île de Paros est aussi une bonne occasion de goûter un bon vin blanc, assec sec, au nez complexe, de bonne bouche, généralement bien fait, issu du cépage Monemvassia. Le puissant vent du nord de la mer Egée, le Meltem, y conditionne la culture en vigne basse (en gobelet).

Santorin
L’île est splendide, magique. L’ancienne Kallisté (“la très belle”) devenue Théra en l’honneur d’un chef des Spartiates, puis Santorini, du nom de Sainte Irène, patronne de l’île Cycladique, est sûrement en effet l’une des plus envoûtantes îles de toute la Méditerranée. Pas vraiment belle d’ailleurs, puisque l’île est assez austère, mais plutôt spectaculaire. La capitale, Thira, surmonte une formidable falaise haute de 300 m qui plonge à pic dans la mer. Pour y monter, vous avez le choix : le petit funiculaire ou vos jambes; pour redescendre et regagner votre bateau, préférez l’âne.

La vigne jaillit de ce sol avare dans des conditions microclimatiques uniques. Parvenus à maturation, les raisins sont soumis à une grande chaleur diurne, alors que la nuit, une humidité dense recouvre les vignobles, absorbée par le sol. Les vents empêchent l’accumulation d’une trop grande humidité sur les baies, ce qui favorise une maturation complète des raisins et des vins blancs d’une grande richesse en alcool. La vitesse du vent étant très élevée, on donne fréquemment aux ceps la forme d’un panier constitué de sarments et de feuilles, afin de protéger les raisins. Il faut goûter comme je l’ai fait, à l’ombre, dans les jolis bistrots aux murs blanchis, en admirant les îles voisines et les gros paquebots de croisières qui viennent déverser leurs flots de touristes, ce vin blanc d’appellation Santorin, très corsé, avec ce rien d’amertume en bouche, en réalité assez typique des bons vins grecs.

LE DODÉCANÈSE

Rhodes est une île où le touriste se sent particulièrement à l’aise. Depuis l’Antiquité, “l’île des Roses” a produit et exporté des vins en amphores sur lesquelles les potiers apposaient leur nom ainsi qu’une grappe de raisin en guise de marque d’origine. Deux appellations : Rhodes et Muscat de Rhodes, ce dernier étant l’un des plus beaux vins de liqueur qui soient, intense, riche, doux et doré, issu d’un assemblage de cépages muscats (Muscat blanc et Muscat de Trani) cultivés dans une toute petite région délimitée, au sud de l’île. Deux zones de production : l’une, plane, constituée de sols sablonneux, est exposée aux vents chauds venant du sud; l’autre, sur le flanc nord des montagnes, sur des collines calcaires ou schisteuses, est rafraîchie par le vent du nord, le fameux Meltem. Je préfère les blancs, assez secs, frais et bouquetés (cépage Athiri). Les rouges sont ronds et fruités (cépage Amorgiano).

SAMOS ET LES ÎLES DE LA MER ÉGÉE

Séparée de la côte de l’Asie mineure par un détroit de 1,5 km, Samos, c’est cette île montagneuse et verdoyante qui doit son nom au mot phénicien Sama signifiant “altitude”, et d’où provient surtout l’illustre Muscat de Samos, issu du cépage Samien que le grammairien Hésychios répertoriait déjà au Ve siècle. La viticulture a marqué l’économie de Samos tout au long de son histoire et le vin de Samos a toujours fait l’objet d’un commerce important. En l’an 1700, la production de muscat était estimée à quelque 3 000 barils, destinés aux marchés d’Orient et d’Occident, notamment la France, l’Angleterre, la Hollande, l’Allemagne… Sous licence française à partir de 1890, les vins de Samos acquirent une renommée internationale.

Le Samos et le Nectar de Samos font partie des plus grands vins doux du monde, très riches, parfumés et moelleux, à la fois d’une grande fraîcheur aromatique, qui n’est pas sans rappeler la fleur d’oranger, et d’une intensité en bouche exceptionnelle. Du grand art, issu d’un vignoble principalement situé sur le littoral nord de l’île. Les villages situés sur le versant nord du mont Arbelos jusqu’à la côte nord de l’île (Ambelos, Manolatès, Stravrinidès…) sont considérés comme les meilleurs terroirs. Le vignoble mérite d’ailleurs une visite: ici, sur des coteaux étagés depuis le niveau de la mer jusqu’à 800 mètres d’altitude, murets et terrasses superposés, ne supportant souvent qu’une ou deux rangées de vignes, sont entretenus depuis des générations par les viticulteurs. Les vendanges, qui commencent durant la deuxième quinzaine d’août au niveau de la mer, se poursuivent jusqu’à la fin octobre dans les régions les plus montagneuses. La plupart des bonnes maisons grecques proposent d’excellents Muscats de Samos. La vigne est également cultivée à Lemnos (goûtez le très bon Muscat de Lemnos) et à Lesbos.

LA CRÈTE

J’ai passé des séjours exceptionnels ici (essayez le superbe hôtel Elounda Mare), tant pour la beauté des paysages de montagnes que de la mer, omniprésente. Petits ports paisibles, restaurants rafraîchis par des tonnelles de vignes qui protègent de la canicule, vignes, oliviers, citronniers… tout présuppose la douceur de vivre qui se dégage de la Crète. Le pays est certainement à l’origine de ma passion pour les voyages, de cette parenthèse hors du commun que savent procurer de tels lieux, où l’histoire antique s’associe aux légendes, et c’est la raison pour laquelle j’ai retenu une photo de mon périple crétois pour figurer en page de quatrième de couverture de ce guide. La Crète est la cinquième île de la Méditerranée, l’île des Dieux selon Homère, le berceau de la civilisation minoenne. C’est là que, selon le poète, Zeus serait né, aurait aimé la princesse phénicienne Europe, et aurait eu trois fils, dont Minos, qui devait donner naissance à une dynastie qui allait marquer l’histoire du pays. Pour l’anecdote, goûtez les bons vins blancs de Minos des frères Miliarkis.

D’une superficie de 8 305 km2, la Crète s’allonge d’ouest en est sur 260 km environ, sa largeur variant de 12 à 60 km. Elle est dominée par des reliefs importants (de 1 360 à 2 450 mètres), entre le sud de l’île qui donne sur l’Afrique et le nord qui s’ouvre vers la mer Egée. C’est dans cette partie de l’île, protégée des vents chauds d’Afrique par cet écran montagneux, que s’est développé ce vignoble dont l’origine se perd dans l’Antiquité. Dès cette époque, les anciennes villes de Cnossos, Gortyne et Phaistos avaient développé un important commerce des vins.

Le climat est tempéré par le voisinage de la mer et les vents frais qui viennent de l’Egée sur les côtes; froid et neigeux en hiver à l’intérieur des terres; relativement frais au printemps, et très chaud et sec en été.

Ce vignoble d’une cinquantaine de milliers d’hectares (y compris les vignes à raisins de table) produit aussi des raisins secs (Soultanina) et le fameux raisin de table Rasaki. J’apprécie tout particulièrement ces vins rouges puissants, issus de vieux cépages tels que le Roméikon, le Liatiko de Lasithi, qui vont à merveille sur des aubergines ou des plats de légumes farcis, et qu’il est bon de savoir apprécier un peu frais, comme on sait le faire au pays. Les cépages blancs (Vilana, Athiri, Ladiniko…) permettent l’élaboration de vins assez fruités, vigoureux certes mais plus neutres.

L’île englobe en tout cas quatre vignobles à appellation d’origine : Archanès, Peza, Dafnès et Sitia, et un Vin de Pays de Crète. Dans les régions de La Cannée et de Rethymno, on produit également des vins issus respectivement des cépages Roméikon et Tsardana.

Archanès et Peza
Les deux vins à appellation d’Archanès et de Peza sont élaborés dans deux zones délimitées au sud d’Héraklion, dans cette très belle région de vallées et de coteaux. C’est à quelques kilomètres de là que se trouvent les ruines du palais de Knossos, qui aurait été le palais du roi Minos, où était édifié le fameux labyrinthe dans lequel Thésée combattit le Minotaure (souvenez-vous du fil d’Ariane). Les vins rouges de ces deux appellations proviennent des cépages Kotsifali, qui apporte toute sa saveur, et Mandilari, cépage familier des îles de la mer Egée, très coloré. A Peza est également élaboré un vin blanc (cépage Vilana).

Sitia et Dafnès
Le vignoble de Sitia est situé à l’extrémité est de la Crète, à une altitude moyenne de 600 mètres. L’excellent cépage Liatiko permet de produire ces vins rouges colorés, robustes et francs dont je parlais auparavant. C’est ce même cépage que l’on cultive dans la zone viticole de Dafnès, région au relief accusé au sud-ouest d’Héraklion. A goûter : le vin de liqueur Dafnès que l’on peut rapprocher du Malvasia, ce nectar des dieux qui, selon la tradition, était conservé dans les jarres géantes du palais de Minos… De quoi rêver, non ?



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