
Le Val d’Aoste
Une seule appellation, le Val d’Aoste (DOC), qui comprend une douzaine de sous-appellations permettant de mieux distinguer les types de vins. Les vignobles du Val d’Aoste, disposés en terrasses, accrochés aux pentes raides des montagnes qui peuvent avoir une inclinaison jusqu’à 80%, sont les plus hauts d’Europe. Climat de montagne rigoureux. Sur tous les vins disponibles, uniquement de rares bons souvenirs de la DOC Donnaz et du VT Malvoisie de Nuz, voire du Blanc de Morgex, plus irrégulier, à l’acidité élevée, à boire sur place avec la friture des lacs.
Donnaz
Issu de l’excellent Nebbiolo, qui semble s’adapter tout particulièrement bien sous ce climat, un très bon rouge, de couleur profonde, souple et bouqueté, assez ferme en bouche.
Malvoisie de Nus
Un vin de dessert tout en arômes, suave et liquoreux en bouche, très alcoolisé, assez réussi, et difficile à se procurer tant sa production est confidentielle.
Le Piémont
Le Piémont est un pays de contrastes, un contraste que l’on retrouve dans les vins, avec leurs deux extrêmes les plus célèbres : le Barolo, massif, concentré, noir et tannique, de grande évolution, et l’Asti, léger, perlant et fruité. Quand on aime les vins typés, on est servi, les collines du Piémont offrant un tel assortiment de raisins locaux que les cépages internationaux qui y ont été plantés sont plus que rares, et c’est une bonne chose.
Pour la production de vins blancs, l’Asti Spumante domine très nettement, issu du Moscato qui lui confère sa saveur caractéristique. Auprès du Muscat, les cépages Cortese, Erbaluce et Arneis, et les éternels Riesling, Chardonnay ou Sylvaner… L’Asti est bien entendu le plus grand vin effervescent d’Italie. Il est produit en cuve close, à partir de raisins récoltés dans 52 communes des provinces d’Asti, Coni et Alexandrie. Les meilleurs Asti sont caractérisés par cette douceur succulente et des arômes de pêche. C’est aussi un remarquable vin de dessert, auquel les Italiens restent très attachés, alors que nous perdons pratiquement l’habitude de ce type de vins en France, et que c’est bien dommage. Goûtez aussi le Moscato Naturale d’Asti, proche de l’Asti spumante, frizzante lui aussi, gras et doux en bouche, au nez délicat.
Les vins blancs de Gavi, légèrement frizzantini, se boivent jeunes, sont tendres (parfois carrément plats), mais dégagent souvent une agréable sensation de rondeur en bouche.
Pour les rouges, véritablement chez eux ici, le Piémont est dominé par trois cépages : le Nebbiolo, le meilleur, qui doit son nom au brouillard (la nebbia) qui règne en automne dans cette région, le Barbera, le plus répandu, et le Dolcetto. Le Nebbiolo donne le Barolo et le Barbaresco ; le Barbera les vins d’Alba et le Dolcetto la DOC du même nom. Je n’oublie pas les DOC rouges de Grigolino d’Asti (bien fruité) ou de Ghemme (plus corsé), d’excellents VT qui pourraient surprendre dans une dégustation “à l’aveugle” comme ceux de Bricco Manzoni ou de Caramino, et des vins d’assemblages, dont certains sont très réussis, issus des Bonarda, Croatina, Grignolino ou Vespolina. Du nord au sud du Piémont, voici donc les grands vins rouges que vous allez apprécier.
- Gattinara
Ce petit vignoble borde le Sésia, à l’est de Biella, dans le nord du Piémont. Les collines morainiques de Gattinara, dont le climat est plus tempéré que celui de la plaine, ont été formées il y a plus de 150 millions d’années, lors de l’imposante glaciation des Alpes. La terre rougeâtre, graveleuse donne beaucoup de finesse aux fruits et permet une maturation précoce. Le symbole de Gattinara est depuis l’an 1000 la tour en pierre appelée “la Castelle”, construite sur les collines par le roi Arduino.
Le cépage principal de l’appellation est l’excellent Nebbiolo (ou Spanna), auquel s’ajoutent le Bonarda ou le Vespolina (10% maximum). De couleur intense, avec des notes de violette et d’épices, les meilleurs sont gras, bien tanniques, de belle garde.
- Barbera d’Alba
Le Barbera est l’un des plus grands cépages italiens, à mon avis bien trop méconnu. Les vins sont puissants, colorés, riches et savoureux en bouche, d’excellente évolution. Celui d’Alba est le meilleur des Barbera, à la fois gras et corsé, de bonne garde. Son aire d’appellation (avec celui d’Asti) est limitée à deux provinces de la région du Piémont et les meilleus crus proviennent des vignobles de collines, qui donnent son origine à ce vin ayant des caractéristiques d’unicité et de tipicité remarquables.
Le Barbera d’Asti est plus souple, de couleur rubis intense, parfois légèrement grenat, sont goût est sec et rond à la fois.
Enfin, la province d’Alessandria et une petite partie de la province d’Asti donnent le Barbera du Monferrato, un joli vin plus frais, franc, avec des arômes fruités, un vin plus tendre, à goûter sur des viandes blanches ou des fromages frais.
- Nebbiolo d’Alba
Ces vins sont des purs Nebbiolo, et proviennent d’une aire située entre celles du Barolo et du Barbaresco. Cela donne des vins qui sentent les fruits mûrs, amples et riches, onctueux et persistants en bouche, remarquables sur des pâtes à la crème.
- Barbaresco
Comme ceux de Barolo (voir plus loin), les vins sont issus du Nebbiolo, extrêmement typés, et très méconnus. Un grand Barbaresco Riserva est un vin complexe, très élégant quand il atteint sa plénitude, d’une grande persistance aromatique où dominent les épices et les sous-bois. Un vin de garde qu’il est ridicule de goûter avant huit à dix ans, certains dépassant allègrement les vingt ans pour parvenir à une pleine maturité. J’ai encore le souvenir de ce Barbaresco splendide de 68, dégusté cette année.
- Barolo
Ici, vous êtes au sommet des plus grands vins rouges italiens (avec ceux de Toscane), qui peuvent s’enorgueillir d’être des vins de grande race, intensément marqués et typés par leur cépage Nebbiolo local, et dans ce sens, totalement incomparables.
Géographiquement, l’appellation est située à l’extrémité sud du Piémont, dans la province de Cuneo. Cette zone comprend dans son ensemble (avec le Barbaresco). Les collines sont reines ici, sous un climat humide, relativement chaud et très ensoleillé. Morphologiquement, il y a donc principalement des collines de 350 mètres, de formation marneuse-argileuse et calcaire-marneuse. Des sols où le Nebbiolo s’exprime merveilleusement. Très corsé, fortement alcoolisé, très mûr, plus puissant que le Barbaresco, mais aussi plus gras, plus complet, plus harmonieux, le Barolo est un vin de grande évolution qui ne supporte pas la médiocrité et s’accorde avec des plats riches (voir encadré la grande gastronomie italienne).
- Dolcetto di Diano d’Alba
Il se partage, avec le Dolcetto di Ovada, la gloire d’être l’un des vins les plus séduisants qui soient, étonnament moelleux, finement parfumé, rond et ferme à la fois, de bonne évolution.
La Ligurie
Si Gênes n’a aucun intérêt, je fais au moins six à sept fois par an mon marché à San Remo (avec mon épouse), profitant le temps d’un week-end de son charme nostalgique, et je ne rechigne pas, comme tout bon Italien, à suivre les embouteillages le long de la côte pour aller déjeuner à Porto Fino, le Saint-Tropez italien, et croiser les derniers modèles de Ferrari rutilantes. La Ligurie est donc plus célèbre pour sa Riviera que pour ses vins, où l’atomisation de la production viticole est extrême (plus de cent espèces de cépages sont recensées). Tournée vers la mer, cette bande de terre étroite et sinueuse, croisement de vents marins, touche la France, le Piémont, la Toscane et l’Émilie-Romagne, et a toujours reçu, par le trafic maritime ancien, l’apport de cépages provenant de pays lointains. Il semble que les producteurs essaient désormais de se limiter à la culture des bons cépages Dolcetto, Vermentino, Pigato, Rossese ou Sangiovese, et c’est heureux.
Rossesse di Dolceaqua
Les vignobles se trouvent entre San Remo et Gênes. Dolceaqua est un joli rouge finement bouqueté auquel je suis fidèle depuis longtemps, gras et corsé à la fois, très fruité.
Cinque Terre
De l’autre côté de la région, vers La Spézia (allez dîner chez Angelo Paracucchi), Cinque Terre doit son nom à l’évocation de ses cinq villages de bord de mer au-dessus desquels s’étendent les vignobles en terrasse qui ressemblent à une sorte de pyramide aztèque. Les meilleurs vins sont blancs, bien secs, vifs, un rien austères, et se dégustent avec les poissons du golfe.
La Lombardie
Industrielle et puissante avec Milan, la Lombardie s’étend à l’est du Piémont, des plaines de la vallée du Pô jusqu’aux sommets enneigés des Alpes, ce qui n’est pas rien. Les vignobles lombards sont plantés jusqu’à 700 m d’altitude et dans la région des lacs, au climat doux.
La région devient plus humaine et vinicole dans trois secteurs bien délimités : de l’autre côté du fleuve Adda, près de la commune de Sondrio, vers la frontière suisse, c’est le territoire des DOC Valtellina et Valtellina Superiore. L’autre secteur se trouve dans sa partie voisine du Piémont (Oltre Po Pavèse), dans un secteur compris entre les communes d’Alexandrie, Pavie et Plaisance, à peu près à la même hauteur que les vignobles d’Asti . Ici, l’on trouve la majorité des vins blancs qui constituent la base des meilleurs mousseux comme le Lambrusco Mantovano, l’Oltrepo Pavese Pinot Spumante ou le Franciacorta. Enfin, le cépage Trebbiano fait le blanc de Lugana, sur le lac de Garde, non loin des vignobles de Franciacorta, pour les mousseux.
- Valtellina Superiore
La meilleure DOC regroupe quatre sous-appellations : Sassela, Valgella, Grumello et Inferno, et tous les vins sont rouges, issus du Nebbiolo. Il faut goûter ceux de la maison Rainoldi, régulièrement réussis (voir aussi index), pour se rendre compte du potentiel qualitatif réel de ces vins, qui associent charpente et distinction, des tannins fermes à ce gras caractéristique en bouche, d’excellente évolution. J’ai dégusté pour preuve deux vieux millésimes : un 68 vraiment surprenant, à maturité certes, mais d’une rare complexité aromatique, très savoureux, et un 78 de haut niveau, encore jeune, d’une grande persistance en bouche, très marqué par le Nebbiolo qui apporte toute sa puissance sauvage dans ce millésime. A noter que la simple DOC Valtellina ne présente pas d’intérêt, provenant d’assemblages divers.
- Oltrepo Pavese
Toute la gamme de vins, du mousseux au rosé, en passant par le rouge et les blancs secs ou demi-secs est produite dans cette DOC (20% de la production régionale, le reste destiné aux mousseux), située précisément dans un périmètre qui va de la commune de Broni au nord à celle de Ruino, au sud. On trouve de tout dans cette appellation, des étiquettes aux noms folkloriques, où la qualité n’est pas réellement le seul critère recherché. Les meilleurs rouges sont issus des cépages Barbera et Bonarda, assez complémentaires.
L’Émilie-Romagne
Ah, le Lambrusco de l’Émilie ! Franchement, n’est-ce pas agréable de déboucher ce vin rouge très rafraîchissant, très fruité, qui sent la cerise, légèrement pétillant (frizzante) sur une polenta ou une daube ? Bien sûr, le vin est sans prétention, simplement sympathique, et ce n’est déjà pas si mal.
L’Émilie-Romagne ne fait pas dans la dentelle : des vignobles, des vignobles et des vignobles, pratiquement tous en plaine, dont on tire abondamment des vins courants, que je n’ai pas voulu retenir. Dans un tout autre style, la région produit plusieurs crus intéressants, comme ce joli blanc Albana di Romagna, le rouge Sangiovese di Romagna.
