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vendredi 10 décembre 2010

La Toscane, l'âme du vin italien

L'Italie se divise aisément en quatre grandes régions vinicoles :

- Le Nord-Est du pays, ce sont les vins du Trentin-Haut-Adige, de type allemand (ou autrichien), le domaine du Valpolicella et du Soave en Vénétie, puis les vins des Grave et Colli du Frioul et de la Vénétie Julienne.

- Le Nord-Ouest, d’une topographie très contrastée, regroupe le Val d’Aoste avec ses pistes de ski, la (très) grande région viticole du Piémont, les Apennins de Ligurie au-dessous, qui borde la Méditerranée, la Lombardie, puis l’Émilie-Romagne et son Lambrusco, qui empiète sur le nord et le centre du pays et annonce la Toscane.

- Le Centre, qui commence par la beauté de la Toscane et son fameux Chianti omniprésent, se poursuit vers Rome et le Latium, sur la mer Tyrrhénienne, traverse le pays par la région de l’Ombrie, atteint la mer Adriatique par les Abruzzes, puis les Marches pour ses vins méconnus de Rosso Piceno, avant d’arriver au secteur de Molise. C'est cette grande région que nous développerons aujourd'hui.

- Le Sud, c’est aussi un autre pays, avec d’autres vins et des régions authentiques, la Campanie sur la côte ouest, les Pouilles sur la côte orientale, la Basilicate au centre des deux, puis la Calabre, splendide comme la Sardaigne et la Sicile où l’on savoure le Marsala.

Guide du terroir
Guide du Terroir

La Toscane

Avec le Piémont, mais dans un autre registre, la Toscane fait partie de cet art de vivre italien inimitable, où les sciences côtoient les marchands, les peintres, les architectes, les divas s’associent aux vignerons, les palais s’allient aux collines verdoyantes, les levers de soleil à la vie nocturne de Florence, tout cela dans une atmosphère unique que les plus grands réalisateurs ont su parfaitement transcrire au cinéma. Pourtant, ici, de Pise à l’île d’Elbe, de Sienne à Florence, la réalité correspond bien à l’imaginaire. Firenze est d’ailleurs l’archétype de la culture italienne, et l’on tombe vite sous son charme (une fois n’est pas coutume, descendez au Baglioni , somptueusement rénové l’an dernier, et demandez une chambre avec vue sur l’Arno, pour admirer le Ponte Vecchio).

La Toscane, ou plutôt le vieux pays toscan, est tout en beauté (allez-y en mai) avec ses villas et ses cyprès, ses forêts et ses vallées où se mêlent la vigne et l’olivier, c’est toute l’Italie résumée. Et c’est aussi son vin. On trouve de tout ici, du sublime au divin, bien que la région ait été la première d’Italie à entreprendre de délimiter et de protéger son vin.

Il est incontestable que la région possède une unité et une identité authentiques, comparables à celle que l’on peu retrouver dans le Bordelais, malgré les différences au niveau des sols, des traditions et des microclimats. La base de tout, c’est ce cépage Sangiovese qui fait l’homogénéité du Chianti. En revanche, le Chianti étant un vin coupé, les goûts personnels des producteurs peuvent influencer fortement l’équilibre du coupage, le type de fermentation et la durée du vieillissement.

La région est aussi prolifique en appellations contrôlées (24 vins en sont pourvus,), issues majoritairement des cépages rouges Sangiovese ou Brunello. Décidé à vous faire mieux connaître les vrais vins italiens, vous comprendrez qu’une nouvelle fois je ne m’attarde pas sur les vins de purs Cabernet-Sauvignon (Sassicaia ou Sanmarco), ou de Chardonnay. Une précision : bien qu’il n’existe pas de Chianti Blanc, on goûte de jolis vins tels que le Vernaccia di San Gimignano, très parfumé, légèrement poivré, le Montecarlo, plus gras, l’Elba, le Galestro, très sec et très frais, le Bianco della Lega ou ce Vino Santo, un demi-doux alcoolisé mais charmeur comme le Moscadello di Montalcino qui fleure bon son Muscat. Les cépages les plus utilisés sont le Malvasia, le Trebbiano et le Vernaccia.

Trois vins rouges, assez proches qualitativement, font la renommée de la Toscane, trois appellations qui bénéficient de la DOCG, c'est-à-dire de la Denominazione Controllata e Garantita, le grade le plus élevé dans la législation vinicole italienne, où l’on trouve des vins splendides, si l’on sait respecter les millésimes, leur évolution, et frapper à la bonne porte.

- Chianti
L’appellation Chianti étend ses meilleurs vignobles autour de Florence, au nord vers Pistoia et Rufina, au sud, vers San Gimignano et Montevarchi.

Au Moyen Age, Chianti était une petite région sans cesse en proie aux guerres et aux échauffourées entre Florence et Sienne. Le Chianti fut, dès le XVIIIe siècle, exporté dans les fameuses fiasques paillées. Le secteur regroupe plusieurs départements et sous-régions, dont les meilleurs sont ceux de Classico, Carmignano, Colli Fiorentini et Rufina. Si vous préférez comme moi un Chianti digne de ce nom, optez soit pour ceux qui proviennent de ces zones, soit pour le Chianti Riserva, l’exception confirmant la règle. La simple DOC Chianti regroupant surtout des vins plus légers, plus simples, à boire jeunes et frais, assez bien faits néanmoins. Un grand Chianti peut être exceptionnel, et se distingue donc aisément du Chianti de base que vous trouverez chez tous les restaurateurs.

- Brunello di Montalcino
Le secteur d’appellation se trouve au-dessous de Sienne, et il faut vouloir aller à Montalcino, tant la route n’est pas évidente. Bien sûr, on oublie vite les virages avec ce vin superbe, un ton au-dessus que le Chianti Riserva (mais pas toujours). Dans un style plus gras, très concentré, très classique, extrêmement complexe au nez comme en bouche, un grand Brunello devient l’un de ces crus hors normes auxquels il est difficile de résister. Le Riserva doit être élevé au moins cinq années avant d’être commercialisé, et c’est un minimum, tant ce sont des crus qui demandent de la patience. C’est cela la différence entre un grand et un bon vin.

- La DOC Rosso di Montalcino concerne les vins plus jeunes (ou provenant de vignes plus jeunes), plus souples, très différents, que je n’ai jamais considérés comme d’excellents vins.

- Vino Nobile di Montepulciano
En repartant vers Quirico d’Orcia et Chianciano, vous arriverez comme moi dans l’adorable village de Montepulciano, auquel on accède par une petite route sinueuse. Le Sangiovese s’exprime encore parfaitement ici, dans ce beau rouge intense et généreux en bouche, souvent très puissant, tannique, qu’il faut également laisser évoluer longtemps pour profiter de ses qualités réelles. Le Montepulciano est un vin de connaisseur patient...

Le Latium

Deux noms symbolisent le Latium : Castelgandolfo, la résidence d’été du Pape, et le Frascati. La région ne badine pas avec les classifications : 17 vins, de 54 typologies différentes, ont obtenu la DOC, et sont issus pour les blancs, du Trebbiano et de la Malvasia, et pour les rouges, des Cesanese, Sangiovese, Montepulciano, Merlot et Barbera.

- Frascati
Quatre lieux de production pour ce vin plus connu que réputé : Frascati, Rome Montecompatri, Monteporzio Catone et Grottaferrata. Le vin est issu des cépages Malvasia blanc de Candia et Trebbiano de la Toscane, Malvasia du Latium et Greco. Un vrai et bon Frascati (ce n’est pas si courant) doit avoir cette couleur jaune brillante typique, un délicat parfum de fruits frais, et cette souplesse en bouche toute nuancée de douceur. Les meilleurs sont dans l’index, et se dégustent uniquement très jeunes, au printemps qui suit la récolte, sur place, avec des fruits de mer (la Tyrrhénéienne est à dix minutes de voiture, en roulant à l’italienne) ou à l’apéritif.

- Marino
Pour l’anecdote, un blanc correct (Malvasia, Trebbiano de la Toscane, Bonvino et Cacchione de robe jaune paille, dont les meilleurs sont vineux, riches, et je vous les conseille plutôt en demi-secs, plus souples en bouche.

- Cerveteri
J’aime bien les rouges issus des Sangiovese, Montepulciano, Cannaiolo noir, Carignano et Barbera, des vins vigoureux et colorés, lents à se faire.

- Velletri
Des blancs (cépages Malvasia et Trebbiano majoritaires) et rouges (cépages Sangiovese, Montepulciano, Merlot et Bombino noir), provenant des alentours de Vellitri et Lariano et Cisterna. Les blancs sont typés, secs et vineux, bien fruités, mais je préfère les rouges, de belle couleur rubis plus ou moins foncé, toujours secs, savoureux, souples et charnus à la fois, assez veloutés en bouche au bout de quelques années.

- Est!! Est!! Est!! di Montefiascone
Avec un nom pareil, on ne risque pas d’oublier ce blanc sec ou demi-doux, fait de Trebbiano et Malvasia. On raconte qu’au XIIe siècle un évêque allemand du nom de Johann Fugger aurait reçu l’ordre d’aller à Rome pour le couronnement de Henri V. Afin d’être sûr de boire de bons vins au cours de son voyage, il envoya son domestique visiter les auberges le long de la route en lui demandant de marquer celles qui servaient le meilleur vin du mot “Est”, pour “Vinum est bonum”. Arrivé à Montefiascone, celui-ci trouva le vin local tellement bon qu’il nota “Est! Est !! Est !!!”. Dans les faits, c'est vrai que le vin est très amusant, agréable, assez savoureux et persistant en bouche.

L’Ombrie

Là encore, le passé viticole remonte aux Étrusques, et cette région bénéficie d’un climat particulièrement favorable à la culture de la vigne, et à la grande variété des cépages qui y sont cultivés. Quatre DOC méritent d’être mieux respectées : Orvieto (visitez la ville médiévale, superbe), Colli Perugini, Torgiano et Sagrantino di Montefalco.

- Orvieto
De très bon vins blancs de renommée ancienne, déroutants au départ, secco ou abbocatto (voir encadré), très aromatiques, avec des nuances caractéristiques de miel frais, dont certains, issus de raisins botrytisés dans les grands millésimes, atteignent les sommets. Il faut les déguster sur des œufs.

- Colli Perugini
Dans un tout autre style, un blanc beaucoup plus nerveux, bien typé par le Trebbiano. La DOC englobe aussi un bon rouge (Sangiovese), à la fois ferme et souple en bouche.

- Torgiano
On retrouve bien la douceur et la typicité du cépage Sangiovese majoritaire dans ce vin rouge, bien parfumé, de bonne évolution. Certains Riserva (ceux de Lungarotti) deviennent étonnants de structure et de gras.

- Sagrantino di Montefalco
Un autre vin doux et onctueux, méconnu, très complexe au nez comme en bouche, délicieux avec des chocolats (mais si).

Bien que je ne sois pas un adepte de ces cépages ici, le Chardonnay di Miradueldo (VT) est correct, comme le Blanc Soleone, légèrement ambré.

Les Marches

Avec dix DOC, une production qui atteint le million d’hectolitres, dont près du quart en DOC, cette région est à mon avis l’un des grands secteurs très méconnus de l’Italie, avec un potentiel qualitatif qui pourrait en surprendre plus d’un.

Les Marches font suite à l’Émilie-Romagne, le long de la côte est, et sont encadrées par une petite partie de la Toscane, au nord-ouest, par toute la région de l’Ombrie, à l’ouest, puis par les Abruzzes, au sud d’Ascoli Piceno. La région a replanté la majorité de son vignoble et la fameuse culture en contre-espalier, à 3 ou 4 rangées de supports, a remplacé l’ancestrale culture en forme d’arbre. Moins de manutention, des travaux mécaniques facilités, d’excellents cépages comme les Sangiovese et Montepulciano pour les rouges, et les Malvasia et Trebbiano (remarquable ici) pour les blancs, auxquels s’associent les Bianchello et le Verdicchio, tout cela porte ses fruits aujourd’hui, quand on débouche les meilleures bouteilles du pays, qui proviennent essentiellement des cinq appellations suivantes.

- Rosso Piceno
Franchement, les cépages Sangiovese et Montepulciano donnent ici des vins exceptionnels, onctueux, gras et suaves, le type même de ce que doit être un vrai vin italien, tout en douceur et en nuances aromatiques, de bonne évolution. Je vous assure que sur des pâtes en sauce bien cuisinées comme des chioccioloni à la crème ou des raviolis à la Ricotta (voir aussi encadré La grande gastronomie italienne), vous vous en souviendrez. C’est superbe.

- Rosso Conero
D’autres excellents vins, plus corsés, plus alcoolisés, tout en bouche comme ceux de la famille Garofoli, près d’Ancône. A leur suite, la DOC Sangiovese dei Colli Pesaresi.

En blancs, secs ou mousseux, misez sur les appellations Verdicchio dei Castelli di Jesi et Verdicchio di Matelica, bien faits, très parfumés comme ceux d’Attilio Fabrini, bien secs, bien marqués par leur cépage Trebbiano souvent majoritaire, d’une jolie vivacité en bouche. Goûtez-les avec des pâtes fraîches au saumon fumé.

Les Abruzzes

A la suite de celle des Marches, vers le sud, la région des Abruzzes étend ses massifs montagneux et rocailleux pratiquement jusqu’à la côte orientale, près de Pescara. Le climat est assez privilégié et deux DOC, le Montepulciano d’Abruzzo et le Trebbiano d’Abruzzo, symbolisent bien le potentiel qualitatif de cette région qui, comme ses voisines du centre de l’Italie, doit aux Étrusques sa culture viticole. Les cépages cultivés sont ceux des DOC de la région, auprès desquels on trouve de plus en plus de cépages “améliorateurs”, rouges comme les Barbera, Merlot ou Dolcetto, et blancs comme ces Riesling, Pinot blanc ou Tocai (est-ce bien nécessaire ?).

- Montepulciano d’Abruzzo
J’ai bien apprécié ces rouges très colorés, que j’ai découverts dans le village de l’Aquila, sur les charcuteries corsées du pays. Des vins typés, intenses au nez comme en bouche, un peu durs certes (il faut les rafraîchir un peu, s’ils sont trop chauds), mais savoureux, gras et persistants. Ceux que j’ai goûtés tiennent parfaitement la comparaison avec des vins plus renommés comme ceux de Chianti, chacun possédant ses propres spécificités.

- Trebbiano d’Abbruzzo
Cette autre DOC est celle d’un vin blanc, à la fois sec et moelleux, assez amer en bouche, pour lequel il faut certainement trouver un plat adapté pour pouvoir l’apprécier comme il se doit.

A noter le vin de table rouge Rubino qui sait réserver de bonnes surprises, dans les millésimes favorables.

Le Molise

C’est la frontière naturelle entre les Abruzzes et la Campanie, c’est-à-dire entre les régions du centre et celles du sud : 70% de sa superficie viticole se trouvent dans la région de Campobasso, le reste dans la province d’Isernia. La région tout entière “bouge”, améliorant ses plantations et ses vinifications. Deux DOC, de création récente, viennent récompenser les efforts accomplis par les vignerons et les coopératives : Biferno di Campobasso et Pentro di Isernia, auxquelles s’ajoutent plusieurs bons vins de table, dont il faut surtout retenir les Ramitello (le meilleur) et Bianco del Molise en blancs, issus de vignes cultivées sur des sites assez élevés, et le Montepulciano del Molise en rouge, assez classique, corsé et rond en bouche, bien fait.

Voir aussi le LEXIQUE DU VIN